C’est vrai qu’il y avait une douane entre MSA et Rouen ?

Il y avait bel et bien une douane entre Mont-Saint-Aignan et Rouen, et ce jusqu’en 1927 ! C’était l’octroi, une taxe qui frappait au passage des « barrières » les denrées entrant dans la commune de Rouen.

 

Créé pour financer l’entretien des fortifications, l’octroi est un impôt indirect remontant au moins au XIIe siècle. Il perd peu à peu sa destination première pour devenir, pour la plupart des municipalités, l’une des principales rentrées d’argent. Supprimé, puis rétabli à la Révolution, sa suppression est évoqué à plusieurs reprises au XIXe siècle (il en est question en 1815, en 1847, en 1869…). En 1897 enfin, le parlement autorise les communes qui le souhaitent à supprimer l’octroi, dont les coûts de perception sont exorbitants et qui engorgent l’entrée des villes. En 1900, cet impôt n’existe plus à Mont-Saint-Aignan… mais Rouen continue de son côté à le percevoir à l’entrée de son territoire jouxtant celui de Mont-Saint-Aignan !

L’octroi de la barrière Saint-Maur est aussi le terminus de la ligne de tramway.

DR.
Veillant au passage de leurs barrières, des « octroyens » sont ainsi postés rue Édouard-Fortier, à la cavée Saint-Gervais et au carrefour des rue de la Corderie et Saint-Maur. Toutes les denrées sont taxées selon un barème très précis établi par les municipalités : viandes de toutes sortes, huiles, bois, charbon, fourrage, savon… Même le gibier est taxé ! Le Tarif des droits d’octroi de la Ville de Rouen de 1923 (consultable sur le site de la Bibliothèque nationale), nous apprend ainsi que s’il faut s’acquitter de 13,20 Fr. pour une biche ou un cerf, il n’en coûtera que 90 centimes pour le passage d’un faisan, quand les alouettes sont pour leur part taxées à la dizaine pour la somme de 50 centimes ! Certains produits sont cependant exemptés d’octroi, comme les matériaux de construction (briques, silex, etc.) dans le quartier Saint-André, ce qui peut expliquer l’essor de la construction de cette zone au XIXe siècle. Autre exception : si les fromages sont taxés à hauteur de 25 Fr. les 100 kg, le neufchâtel, fromage favori des Rouennais, est quant à lui totalement exempté !
DR.
En 1913, l’octroi procure 48 % des recettes municipales, une proportion qui tombe à 19 % en 1924, suite à la modification des droits sur l’alcool : c’est en effet l’État, et non plus les municipalités, qui perçoit désormais les taxes sur les boissons alcoolisées. Les 184 octroyens rouennais quittent définitivement leurs barrières en juillet 1927 et leurs petits bureaux de perception sont transformés en salle d’attente pour les passagers des tramways.