Que tissait-on à la maison des Tisserands ?

Située au cœur du quartier du Village, c’est une bâtisse normande à pans de bois, caractéristique du Saint-Aignan d’autrefois. Celle qui héberge aujourd’hui la bibliothèque pour tous du quartier ainsi que certains ateliers artistiques municipaux est connue sous le nom de maison des Tisserands.
Mais qui étaient ces tisserands ? Et que tissait-on ici ?

 

C’est au début du XVIIIe siècle que commence l’aventure du tissage en Normandie, lorsqu’un négociant de Rouen parvient à filer du coton et à le renforcer par une chaîne de soie ou de lin. Cette invention bouleverse la structure économique traditionnelle des campagnes normandes. D’abord activité d’appoint, le filage à domicile du coton occupe toute la famille : les hommes cardent ou filent tandis que les femmes et les enfants s’adonnent au filage au rouet.

Le tissage est pour sa part un métier à part entière, qui nécessite une période d’apprentissage d’environ un an et l’achat d’un métier à tisser, un investissement important de 100 à 150 francs à Rouen en 1836. Peu à peu, les familles de tisserands forment une classes distinctes des cultivateurs : travail artisanal à domicile, inclus dans un système économique particulier, ils ne vivent plus de la ferme. À certaines époques, on assiste de véritables ruées vers ces métiers (les salaires y sont élevés), au point que les propriétaires terriens, devant leurs champs dégarnis de main-d’œuvre, voyaient d’un mauvais œil le développement de cette industrie.

La maison des Tisserands aujourd’hui, qui accueille une bibliothèque et les ateliers municipaux.

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La maison aux menuiseries bleu-vert de la place Saint-Méen est conçue sur le même modèle que la maison cauchoise traditionnelle, avec cependant des adaptations spécifiques à la pratique du tissage, sa forme allongée notamment.

À l’extrémité de la maison se trouve une pièce supplémentaire dédiée au métier à tisser. Accessible par une porte distincte, nécessairement située en rez-de-chaussée, la pièce dispose d’ouvertures plus généreuses pour favoriser l’entrée de la lumière. Le sol, en terre battue, permet de maîtriser l’hygrométrie afin de conserver une humidité constante des fils et ainsi éviter toute casse lors du tissage.

Tenant compte de ces spécificités, les historiens estiment que l’actuelle maison des Tisserands possédait deux métiers à tisser, sans doute utilisés par cinq familles au total. Car c’est bel et bien une entreprise familiale que le tissage à domicile : les hommes, qui ont un “coup de balancier vigoureux” tissent les étoffes, les femmes préparent la trame ou tissent mouchoirs et calicots, une toile de coton utilisée notamment pour la fabrication de sous-vêtements ou d’habits de tous les jours.

Les plus jeunes, quant à eux, sont réquisitionnés dès l’âge de six ans pour dévider les écheveaux de fils de trame et les enrouler sur les fuseaux de navette. Les étoffes et tissus réalisés sont ensuite vendus sous les halles au coton rouennaises.

Le Tisserand, huile sur toile, Musée d’Art et d’Archéologie, Senlis, France.

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Le tissage tient une place éminente dans l’histoire de Mont-Saint-Aignan : c’est en effet un tisseur, Louis Benjamin Grimouin, qui fut désigné syndic pour l’établissement du cahier de doléances du tiers-état de la paroisse de Saint-Aignan.

Et l’on trouve, dans ce cahier, un article consacré aux problématiques des tisserands : ceux-ci réclament que les mécaniques à filatures soient interdites comme très dommageables aux mères de familles et aux enfants. Ce Louis Benjamin Grimouin deviendra plus tard député aux états généraux de 1789 du bailliage de Rouen, et maire de Saint-Aignan jusqu’en 1815.

Malgré l’avènement des machines à tisser, les habitants de Saint-Aignan aspirent à conserver les métiers manuels et poursuivent la fabrication de petites pièces, contrairement à leurs homologues de la vallée du Cailly, qui tissent des draps sur des machines entraînées par la force mécanique de l’eau. Le nombre de travailleurs diminue néanmoins tout au long du XIXe siècle : des 140 tisserands et 100 trameuses à Saint-Aignan en 1816, il ne reste plus, en 1896, que 7 tisserands, 6 trameuses et 35 bobineuses.

En 1921, enfin, Mont-Saint-Aignan ne compte plus qu’une famille de tisserands, Auguste et Victorine Legrand. Celle-ci sera la dernière à travailler à la maison des Tisserands.

En vertu de son intérêt historique, la Ville fait le choix de racheter et restaurer la maison à la fin du XXe siècle.

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