Quel est ce soldat représenté route de Maromme ?

Si vous passez au 224 route de Maromme, peut-être le remarquerez-vous : un tableau sur la façade d’une maison, représentant un soldat rechargeant son fusil…
Que fait-il là ? D’où vient-il ? Et pourquoi ce nom de “grenadier” ?

 

C’est un tableau de 1,60 mètre de haut par 1,20 mètre de large qui est accroché là, au numéro 224 de la route de Maromme, surmonté d’un panneau vert où est inscrit “Le Grenadier”. La maison a abrité jusqu’à il y a peu une pharmacie, relocalisée depuis à Bois-Guillaume. Et avant cela, c’était un espace horticole. Mais cette maison, construite il y a deux siècles, a connu ses heures de gloire dans les premières décennies du XXe siècle comme l’un des restaurants les plus courus de Mont-Saint-Aignan : le fameux Grenadier !

À la Belle époque en effet, Mont-Saint-Aignan était un lieu de promenade privilégié pour les Rouennais. Profitant des ombrages et des tarifs avantageux dus à l’absence d’octroi, plusieurs guinguettes firent florès au point qu’une rue fît nommée « rue des Cafés-Champêtres » !

Fréquentée par une clientèle montsaintaignanaise durant la semaine, les guinguettes faisaient le plein le week-end : les Rouennais empruntaient alors, le dimanche notamment, la côte Pierreuse, pour accéder au Grenadier et à sa cour. Propriété d’Eugène et Suzanne Lorgeot (que l’on peut voir plus bas au volant de leur voiture), le Grenadier recevait aussi pour les noces et les festins.

Restaurant, le Grenadier servait aussi des boissons alcoolisées, notamment en semaine. Était-il concerné par cette demande du préfet, examinée au conseil municipal le 25 novembre 1907 :

“Monsieur le Préfet, dans une lettre en date du 19 courant, demande quelles mesure le conseil a cru devoir prendre concernant la répression de l’ivresse publique et la diminution du nombre des débits de boissons.
Le conseil expose que le nombre des débits est d’une trentaine environ dans la commune, qu’il ne s’y produit que rarement des cas d’ivresse. Le nombre pourrait être maintenu sans nouvelle augmentation.
Le conseil forme des vœux pour que la répression de l’ivresse soit exercée plus efficacement par les tribunaux, que l’alcoolisme soit puni très sévèrement.”

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Une clientèle populaire, probablement locale, fréquente le restaurant en semaine.

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Le week-end, le jardin du Grenadier se remplit de clients plus aisés, probablement rouennais.

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Alors pourquoi cette enseigne commerciale, Le Grenadier ? La famille Lorgeot comptait-elle parmi ses ancêtres un soldat de la Grande Armée napoléonienne ? Étaient-ils des admirateurs de l’épopée impériale ? Était-ce un hommage ? Nul ne le sait !

Le tableau, en revanche, date bien de l’exploitation de l’établissement et était bien connu des Mont-Saint-Aignanais. Soumise au intempéries, l’œuvre se dégrada malheureusement avec le temps et dut être retirée. “Nous avions été contraints d’enlever le précédent tableau il y a quelques années car il menaçait de tomber”, confiait ainsi la propriétaire dans les années 2010.

Mais comme ce tableau faisait partie intégrante de l’histoire de la commune, la propriétaire de l’époque fit le choix d’en réaliser un nouveau, une mission qu’elle confia à une peintre amateur, Muriel Pichot-Duvernois. Un travail conséquent puisqu’il s’agissait de reproduire un tableau de 1,60 m de haut par 1,20 m de large.

Quelques modifications furent effectuées : si l’on observe la précédente version – l’original a été reproduit une fois – : le Grenadier fut repeint dans son sens originel, regardant vers l’est. Les tresses ne furent pas reproduites et le fond, précédemment doré, changé pour un ciel bleu. Hormis ces quelques modifications, Muriel Pichot-Duvernois s’attacha à reproduire, trait pour trait, le soldat napoléonien.

Le tableau, très dégradé, du Grenadier avant sa restauration en 2015.

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Le nouveau grenadier, réorienté, réalisé par Muriel Pichot-Duvernois.

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Les grenadiers, soldats d’élite

Grenadier à pied de la Garde impériale, Édouard Detaille.

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Tirant leur nom de leur utilisation de la grenade (à l’origine de simples récipients remplis de poudre et allumées par une mèche), les grenadiers sont des soldats d’élite : le maniement des grenades nécessite en effet force physique, courage et discipline, d’autant plus que les grenadiers forment des troupes d’assaut, au contact de l’ennemi. Bien que l’usage de la grenade diminue au XVIIIe siècle, le nom demeure pour qualifier les unités d’assaut de l’armée napoléonienne. Chaque régiment d’infanterie compte ainsi une compagnie de grenadiers, très prestigieuse, recevant un équipement de qualité et une solde supérieure.

La représentation de la route de Maromme est très fidèle à l’uniforme en cours sous l’Empire : habit bleu à revers rouges, ouvert au sternum, veste blanche, culotte à boucles d’argent et guêtres blanches, bonnet à poil – l’ourson –, surmonté d’un plumet rouge. On note aussi la présence du sabre (privilège des grenadiers : les fusiliers ne disposent que d’une baïonnette) ainsi que de la giberne étanche pour conserver la poudre, estampillée d’un aigle impérial.

La façade actuelle de la demeure du 224 route de Maromme.

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Grenadier d’infanterie de ligne (125e régiment).

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