Quand Rouen tenta d’annexer Mont-Saint-Aignan, quelle fut l’étonnante réaction d’un habitant ?

La mairie de Rouen, contrairement à beaucoup d’autres grandes villes, n’a presque jamais annexé les communes environnantes.
Mont-Saint-Aignan a pourtant été, au XIXe siècle, l’exception à la règle, avec des tentatives renouvelées de s’approprier le quartier Saint-André.
Découvrez la réaction pour le moins originale d’un des habitants face à cette volonté expansionniste.

 

Cette politique de non-annexion est assez rare pour être soulignée : la plupart des grandes villes ont annexé les petites communes de leur agglomération. C’est par exemple le cas du Havre, qui a absorbé toutes les villes limitrophes. Rouen, au contraire, n’a jamais manifesté de velléité marquée “d’arrondir” son domaine.

Un quartier, pourtant, a excité la convoitise des élus de Rouen dans le dernier tiers du XIXe siècle : celui de Saint-André ! Édifié, dans sa forme actuelle, par un promoteur privé dans les années 1860, le quartier Saint-André a plusieurs particularités : il est situé dans le prolongement de la ville de Rouen par le vallon des Cottes, les habitants, à l’époque, sont principalement d’anciens Rouennais, et c’est un quartier relativement bourgeois. Autant de raisons qui poussent le conseil municipal de Rouen d’estimer qu’une annexion pure et simple serait à la fois cohérente et profitable. D’autant plus que, dépendant du territoire de Mont-Saint-Aignan, ces habitants, souvent aisés, échappent à l’octroi en vigueur à Rouen. Le rattachement entraînerait donc une hausse sensible du rendement de cet impôt indirect sur les marchandises pénétrant dans le territoire rouennais !

On trouve ainsi, dans les archives municipales de la Ville de Mont-Saint-Aignan, un petit dossier consacré à cette affaire, avec notamment la coupure de presse ci-dessous, sans doute extraite du Journal de Rouen, et qui évoque le serpent de mer qu’était l’annexion du quartier Saint-André.

Coupure de presse, sans doute issue du Journal de Rouen.

Archives municipales de Mont-Saint-Aignan.
Si l’article, daté de 1898, évoque une première tentative en 1883, il ne mentionne pas d’autres essais lancés en 1890 (on trouve ainsi un courrier de protestation dans les archives de Mont-Saint-Aignan de cette année) et durant l’hiver 1895-1896. Celle-ci donnera lieu à une vive émotion des habitants de Saint-André et du plateau, qui n’hésiteront pas à se réunir avec le conseil municipal, à lancer un “comité de protestation” et une pétition.

Cette mobilisation recueillera notamment le soutien du sénateur Édouard Fortier et d’un certain M. Moussard (orthographié Moussart dans le document ci-dessous), habitant la rue de Sébastopol.

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Pétition distribuée aux habitants en 1896.

Archives municipales de Mont-Saint-Aignan.

Pièce conservée au archives municipales, listant les soutiens à la protestation contre l’annexion.

Archives municipales de Mont-Saint-Aignan.

Mais la réaction la plus originale est sans conteste une fable, intitulée Le Loup et les Agneaux, écrite par un habitant du nom d’Émile Frémont et adressée à Henri Frère, alors maire de Mont-Saint-Aignan et versificateur à ses heures. Pastichant les fables de La Fontaine, cette fable met en scène la Ville de Rouen, cruellement symbolisée par un louveteau avide, et les habitants de Mont-Saint-Aignan, faisant eux office d’agneaux… On ignore quelle fut le résultat de cette initiative étonnante : en tout cas, Saint-André fait toujours bel et bien partie de Mont-Saint-Aignan !

Le Loup et les Agneaux

Le courrier d’Émile Frémont adressé à Henri Frère, maire de Mont-Saint-Aignan.

Archives municipales de Mont-Saint-Aignan.

Un jeune louveteau, grand amasseur de biens,
Voulant pour ses débuts, surpasser les anciens,
Sur un troupeau voisin, jeta son dévolu.
Qui vous donna, dit-il, le droit de prospérer
Sans notre approbation ? Sachez que j’ai trop lu
Pour ne pas apprendre à plus vous modérer !
Toute richesse acquise, nous porte préjudice,
Et nous doit un tribut, en or ou en épices.
Nous voulons vous contraindre à nous rendre un hommage,
Nous saurons nous y prendre, nous avons la puissance
Nous avons les conseils, nos lois sont notre ouvrage.
Cessez de nous braver, calmez votre arrogance.
À nos barrières d’Octroi, assurant les recettes,
De vigilants gardiens nuit et jour en vedettes,
Vous avez pu longtemps, affranchir vos foyers,
Passer altiers, moqueurs, devant eux sans payer.
Alors qu’en la cité, vos intérêts fondés,
Vous font gagner l’argent, dont vos coffres bondés
Ne nous payent point tribut ; c’est une iniquité !
Ayant dit ces paroles, Sire Louveteau reçut
De l’administration un éclatant suffrage.
Songez donc ; Des quartiers neufs, tout un village
Une église et vingt rues toutes bâties. Il plut
Pour son audace. Un millier de maisons
Semblaient une belle aubaine aux avides édiles
Tout est prêt, disait-on, les calculs sont faciles
Il n’y a qu’à les prendre, sans donner de raison,
Et quand nous les aurons, bien fin qui oserait
Nous les redemander. On lui dirait
Que jamais une ville ne rend ce qu’elle a pris,
Que la justice est là, les tribunaux saisis,
Sauraient revendiquer tout notre capital.
D’ailleurs, nous les aurons, c’est là le principal
Et mille autres raisons que nous saurons trouver
Pour apaiser les gens pressés de réclamer.
Les agneaux menacés s’énervèrent, se concertèrent
Le berger vigilant, les réunit bientôt.
Ne craignez rien dit-il, ce sont propos en l’air,
Il n’est pas plus possible, de s’emparer d’un lot
De nos maisons, qu’il ne nous serait sage
De vouloir nous grandir, en prétendant de même
Qu’une droite prolongeant notre frontière extrême
Séparant un vallon, joignant une barrière
Pour nous arrondir, ferait bien notre affaire,
Et rescindât d’autant les bureaux de péages.